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Édito

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Olivier Messiaen ©Fondation Olivier Messiaen

Pour comprendre le compositeur Olivier Messiaen, organiste, pianiste, professeur célébré dans le monde entier, ornithologue amateur et figure majeure de la musique du XXe siècle, il faut peut-être oublier un instant la carrière et les distinctions et oser l’approcher simplement, comme il l’était, comme s’en souviennent ses étudiants dont l’immense pianiste Roger Muraro (principal artiste invité de cette programmation), comme s’en souviennent aussi les habitants de Matheysine, où il a résidé chaque été pendant plus de cinquante ans (mieux que des noces d’or !). C’est ici, dans ces paysages, qu’il a composé inlassablement la majeure partie de son œuvre, de 1936 à sa mort en 1992, après un dernier été de joie et de musique entouré de ses proches, à Petichet, dans la commune de Saint-Théoffrey où il a choisi d’être enterré, face aux lacs et à la montagne, pour l’éternité.

Messiaen est né en Avignon, le 10 décembre 1908. Son père, Pierre, y enseigne l’anglais et se déplace en fonction de ses affectations d’enseignant. Sa mère, Cécile Messiaen, encore aujourd’hui connue sous son nom de jeune fille et d’auteur, Sauvage, vit d’amour et de poésie. Elle a beaucoup de talent et bénéficie du soutien de Frédéric Mistral (l’écrivain couronné d’un Prix Nobel), l’immense poète provençal qui raconte les Noëls et la crèche, dont la tradition remonte à saint François… Faut-il suivre les signes comme on suit les étoiles ? Quoi qu’il en soit, c’est un fait : Olivier, le bien-nommé, n’est pas un enfant de Paris et il aura toujours besoin de revenir aux sources, c’est-à-dire à la nature, aux lacs, et à ce pays de montagne, la Matheysine, entre Grenoble et le Midi, où le musicien des oiseaux avait fait son nid… D’ailleurs, quand sa famille s’installe dans la capitale, il a onze ans, et l’événement pour le petit musicien qu’il est semble être moins la grande ville que l’entrée au Conservatoire de Paris !

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Pierre Messiaen en 1910, avec son épouse Cécile Sauvage et leur fils, Olivier Messiaen

Pierre et Cécile se marient en 1907, à Digne-les-Bains, où réside la famille Sauvage. Ils s’installent ensuite en Avignon, où nait Olivier (1908), puis partent pour Ambert, en Auvergne (1909-1913), et enfin Grenoble (1913-1918) où le petit Olivier vivra « les années les plus importantes de son existence », avec sa mère et sa grand-mère, le temps de la première guerre, en l’absence des hommes, partis au front. Il dira toute sa vie l’importance et l’influence de sa maman sur sa vie, sa pensée, son œuvre. C’était sa fée dès le berceau, voire avant, puisque c’est pendant sa grossesse qu’elle écrit son plus important recueil de poèmes : L’Âme en bourgeon.

Ainsi, attendant son petit Olivier, Cécile pense et écrit les couleurs, les fleurs, pour lui (comme elle le lui dira). Et il composera Chronochromie (1960), Couleurs de la Cité céleste (1963), Un Vitrail et des oiseaux (1987). Et il verra la musique en couleurs (ce qui se dit aussi synesthésie) !
Cécile voit et écrit les oiseaux. Et ils seront de toutes ses œuvres, ou presque : Le Merle noir (1952), Réveil des oiseaux (1953), Oiseaux exotiques (1956), Catalogue d’oiseaux (1956-58), La Fauvette des jardins (1970), Petites Esquisses d’oiseaux (1985)…
Cécile chante et écrit le vivant, les étoiles, la lune et le soleil ; il cherchera les lieux bénis où la nature guidera son inspiration : Chants de terre et de ciel (1938), Des Canyons aux étoiles (1974). Enfin, exaltant sa foi catholique en musique – Apparition de l’Église éternelle (1932), Hymne au Saint-Sacrement (1932), L’Ascension (1933), La Nativité du Seigneur (1935), Les Corps glorieux (1939), Visions de l’Amen (1943), Trois petites Liturgies de la Présence Divine (1944), Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus (1944), Messe de la Pentecôte (1951), Et exspecto resurrectionem mortuorum (1964), La Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ (1969), Méditations sur le mystère de la Sainte Trinité (1969), Livre du Saint Sacrement (1984), Éclairs sur l’Au-delà… (1987-91) – il fera du Cantique aux créatures le conducteur de son unique opéra : Saint François d’Assise (1975-83).

Le premier de ces lieux bénis est incontestablement le plateau matheysin. Dès 1936, Olivier Messiaen dont la carrière de musicien est déjà bien engagée à Paris, y achète un terrain dans le hameau de Petichet, à Saint-Théoffrey, et y fait construire une maison pour écrire, pour se reposer et pour se ressourcer. Il y vient d’abord avec sa première femme, Claire Delbos, puis leur fils Pascal. Il y aura ensuite la douloureuse parenthèse de la seconde guerre où il est emprisonné et écrit un de ses chefs d’œuvres, Quatuor pour la fin du temps (1940), mais y retourne dès que possible pour composer et retrouver la paix. Après le décès tragique de Claire (1959), il continuera de venir à Petichet, plus que jamais, avec sa seconde femme, Yvonne Loriod (1924-2010). C’est elle, la muse, l’étudiante, l’épouse, l’intendante et l’extraordinaire interprète de ses œuvres, dont beaucoup de Matheysins se souviennent bien, qui est à l’origine de cette Maison Messiaen, résidence d’artistes, dont nous fêtons l’ouverture les 1er, 2 et 3 juillet.

Nous avons souhaité que la fête soit belle autant que simple et facile d’accès, même pour ceux qui ne connaissent rien à la musique de Messiaen. Nous avons souhaité que 14 stations musicales et de nombreuses rencontres permettent de partager les passions de Messiaen : la musique évidemment, mais aussi les oiseaux, l’enseignement, l’exotisme en général (et l’Inde en particulier), l’inébranlable foi ainsi que les paysages de ces chemins si souvent arpentés, des bords du lac de Laffrey jusqu’au site magnifique de Notre-Dame de La Salette (dont il gardait précieusement un flacon d’eau bénite) qui célèbre cette année ses 170 ans. Enfin, avec tous les partenaires de la Maison Messiaen, dont principalement la Fondation Messiaen, la Fondation de France et la Communauté de communes de la Matheysine, et avec le soutien du Département de l’Isère, nous avons souhaité que l’ensemble de ces petits concerts avec de grands musiciens ou de ces grands concerts avec de petits musiciens (une centaine d’enfants du plateau matheysin chantera à l’inauguration de la Maison Messiaen), soit en entrée libre et gratuite, pour que tout le monde ait accès à l’univers extraordinaire de Messiaen.

Bruno Messina,
Directeur de l’Agence Iséroise de Diffusion Artistique