Sur les pas d’Olivier Messiaen en Matheysine

En Matheysine, les voisins diront que Messiaen était discret, secret même. Confident des oiseaux, il se levait tôt, souvent avant le jour, pour aller les écouter aux heures où ceux-ci ont tant de choses à dire : dès le matin, ou le soir, avant la nuit. Il avait inventé son propre système pour les noter en temps réel, sifflets et chants pris au vol, sans même perdre une miette de leur complexité, rythmique notamment. Il faut penser à Olivier Messiaen ainsi, dans son jardin dont il prenait grand soin et l’imaginer son carnet à la main, au petit matin.

Pour comprendre Messiaen, il faut l’approcher simplement comme il l’était, comme s’en souviennent ses étudiants dont Roger Muraro, l’un des (rares) familiers de la petite maison ; comme s’en souviennent aussi les habitants de la Matheysine, dont Bernadette Bouthier par exemple, qui avec son mari tenait la librairie-papeterie de La Mure où il venait acheter ses crayons.

Fin 1939 commence la guerre et une longue période de douleurs et de privations. Messiaen est à Petichet lorsqu’il apprend qu’il est mobilisé. Très vite emprisonné, au Stalag VIII A, en Silésie, il écrit des lettres tendres à ses proches et ce chef-d’œuvre, Quatuor pour la fin du temps (1940). Rien ne sera comme avant au retour, mais le succès grandi, son répertoire aussi malgré des années de soucis et de douleurs.

On peut noter aussi dès la guerre finie que son élève et interprète Yvonne Loriod est de tous ses voyages, de tous ses concerts, et ne le quitte presque plus. Pendant que son épouse Claire, malade, ne vivra bientôt plus du tout avec lui.  Messiaen se marie en 1961 avec Yvonne Loriod. Elle était son étudiante, sa pianiste, son chauffeur, sa muse, depuis de longues années. Claire partie, elle devient ce pourquoi elle était : l’épouse de Messiaen. Retour à la nature, à la vie, aux oiseaux. Retour à la maison, chaque été, jusqu’à ce dernier été de bonheur, en juillet 1991, entouré de sa femme et de ses plus proches étudiants, venus en famille…

L’oeil et l’oreille, « le massif et l’épars », les couleurs et les sons, la matière et l’esprit forment le paysage et/ou la musique de Messiaen. La petite maison, au bord de l’eau, au pied de la montagne, offre au regard et à l’oreille « le stable et le fluide » que l’on appelle rythme, étymologiquement. Impermanence de l’être (fiancée perdue), immortalité de l’âme (éternité de Jésus). Au radical latin « flu- » correspond le grec « rhé-» que l’on retrouve sous la forme « rythmos » qui désigne « la manière spécifique de couler » (Emile Benveniste), la forme fluide, « tout coule et rien ne demeure » (Héraclite), par opposition à « skhéma », la forme fixe. Il est souvent question de rythme chez Messiaen. Il est également question de rigueur (« skhéma ») et de liberté (« rythmos »). « Mes permutations de durées sont rigoureuses, mes chants d’oiseaux sont entièrement libres. Implacable est la rigueur, implacable est la liberté. »

À partir des choses solides, sa foi, la montagne, le chemin, la petite maison, Messiaen témoigne de la vie, de la beauté du monde, du temps qui fuit, comme les oiseaux aux chants fluides, comme les nuages, comme l’eau. Silence / musique ; éternité / présent ; arbre (Olivier) / oiseau (Loriod) ; montagne / eau.

Festival.Messiaen-eglise-©-Bruno.Moussier