La résidence

Pour comprendre le compositeur Olivier Messiaen, organiste, pianiste, professeur célébré dans le monde entier, ornithologue amateur et figure majeure de la musique du XXe siècle, il faut peut-être oublier un instant la carrière et les distinctions et oser l’approcher simplement, comme il l’était, comme s’en souviennent ses étudiants dont l’immense pianiste Roger Muraro, comme s’en souviennent aussi les habitants de Matheysine, où il a résidé chaque été pendant plus de cinquante ans.

Dès 1936, Olivier Messiaen dont la carrière de musicien est déjà bien engagée à Paris, achète un terrain dans le hameau de Petichet, à Saint-Théoffrey, et y fait construire une maison pour écrire, pour se reposer et pour se ressourcer. Il y vient d’abord avec sa première femme, Claire Delbos, puis leur fils Pascal. Il y aura ensuite la douloureuse parenthèse de la seconde guerre où il est emprisonné et écrit un de ses chefs d’œuvres, Quatuor pour la fin du temps (1940), mais y retourne dès que possible pour composer et retrouver la paix. Après le décès tragique de Claire (1959), il continuera de venir à Petichet, plus que jamais, avec sa seconde femme, Yvonne Loriod (1924-2010). C’est elle, la muse, l’étudiante, l’épouse, l’intendante et l’extraordinaire interprète de ses œuvres, dont beaucoup de Matheysins se souviennent bien, qui est à l’origine de cette Maison Messiaen, résidence d’artistes. 

À Petichet, la petite maison est devenue trop étroite, trop modeste pour deux pianos et tant de projets. Elle a nécessité une annexe, un garage d’abord (qui était en vérité une salle de répétition, et c’est ainsi qu’il a été restauré) ; puis un chalet, au bord de la route communale, en haut de la propriété. Là, où la vue est extraordinaire, ont été créés un appartement, un studio de musique embrassant tout le lac par une baie vitrée, et, au-dessous, une longue salle, espace de répétition, ou de conférence. Quant à la petite maison, la première, au bas du terrain, elle offre désormais trois chambres pour les résidents et le bureau reconstitué de Messiaen. Dont les oiseaux, aux murs et au plafond. Enfin, le terrain, qui a été drainé et dont l’accessibilité est améliorée, il restera plus ou moins ce qu’il était, dans son écrin de verdure, désormais à l’entrée d’une zone protégée et classée « espace naturel sensible ». Ce sont ces lieux qui forment désormais l’ensemble de la Maison Messiaen.

Après la mort d’Olivier Messiaen en 1992, Yvonne Loriod Messiaen décide de créer une fondation, placée sous l’égide de la Fondation de France, chargée du rayonnement et de la défense de l’intégrité de l’œuvre d’Olivier Messiaen.

Cette fondation, née en 1995 et administrée par de fervents connaisseurs de Messiaen, a permis la réalisation de la Maison Messiaen, tout en veillant à la protection des archives, à l’exercice du droit moral attaché à son œuvre, au soutien à des concerts, ainsi qu’à l’aide à de jeunes créateurs ou chercheurs se consacrant à son œuvre. La fondation fut placée sous le patronage de personnalités prestigieuses comme Mstislav Rostropovitch ou Pierre Boulez, qui compta parmi les élèves de Messiaen.

Lieu dédié à la mémoire du compositeur et de son art, la Maison Messiaen à Petichet, désormais propriété de la Communauté de communes de la Matheysine, accueille des artistes et chercheurs – compositeurs, interprètes, poètes, plasticiens ou ornithologues…– dans le cadre d’un projet artistique et culturel confié à Bruno Messina, directeur de l’EPCC AIDA (Arts en Isère Dauphiné Alpes) qui porte en outre le Festival Berlioz.

En plus des espaces réservés aux artistes, une salle de la propriété est dédiée à l’accueil des publics et offre un espace d’exposition consacré à Messiaen et son œuvre. Sont aussi accueillies des conférences et master-classes.